Article paru dans le Transistor n° 6

Décibels Images...

En février dernier, quelques salles du réseau Pince Oreilles ont souhaité proposer une programmation commune sur le thème : " …des images en musique et des musiques en images… ". Un franc succès ? Peut-être pas ! Mais au vue des prestations artistiques, un thème à approfondir ? Sûrement ! Un large spectre des possibilités s'offrait à nos programmateurs, car de plus en plus de musiciens envisagent leur travail comme un spectacle aussi visuel et scénique que musical.

Phil Reptil

 

 

 

 

 

 

 

Projection ! Les images s'animent, se superposent et se succèdent : archives, films anciens, pornographiques ou ethnologiques, grattées ou colorisées… Aussitôt captées, aussitôt projetées… Il est vil le Phil Reptil, guitare dans une main, boite à rythmes à porté de l'autre, au centre d'un dizaine de projecteurs de toutes natures : vidéo, diapo, 8, 16 ou 35 mn. Il hypnotise son public avant de lui proposer de tentantes mélodies endiablées, accompagnées des chants saccadés ou caressants de ses secrètes compagnes. Le spectateur de Torcy n'en cru ni ses yeux, ni ses oreilles. Idem, au 18 Marches où le spectacle fut différent, mais tout aussi captivant. Deux écrans, en hauteur, au-dessus de la scène. Le lieu se prête bien à l'exercice. Un vidéaste mêle ses images animées, et transformées au préalable par bidouillage informatique. Les boucles s'enchaînent et accompagnent aussi bien le rock du groupe Jahnin que la Tek des DJ's de Plastic Passion Production. Seulement le public n'a pas répondu présent. Et c'est rageant, quand on sait que ces artistes qui propose une soirée clef en main, originale et de qualité, ont fait le chemin de Marseille.
Avec moins de moyen, mais de l'imagination, dans d'autres lieux, on tente l'expérience du croisement entre images et sons. A L'Oreille Cassée, les deux tchatcheurs de Combs'Inezon s'essayent au rap sur fond de projection. Les voilà tous deux sur scène, incrustés dans des images qu'ils ont tournés au carnaval jamaïcain de Notting Hill. Ils se retrouvent à chanter au milieu d'une foule de toutes les couleurs se trémoussant dans les rues de Londres. A La Tête des Trains, c'est le peintre Constant qui va jouer du pinceau en bonne compagnie, celle de Philippe Laccarrière. Au fond de la scène, il peint sur un panneau translucide qui permet au public d'observer l'œuvre évoluer au fur et à mesure des deux sets de Jazz. Une performance devant une salle comble et tranquille.
A La Fontaine, et à l'Empreinte, les programmateurs ont fait un autre choix, celui de proposer un film musical avant le concert. Pour La Fontaine, ce fut le Blues, avec un portrait attachant de Jean-Jacques Milteau et suivi du groupe local Jack Helmut Blues. Pour l'Empreinte, attention, les plus grandes stars de la musique jamaïcaine (Johnny Dizzy Moore, Justin Hinds, Skully et Stranger Jah Cole) se sont retrouvées sur la scène de la salle de Savigny, et dans le film de Claude Simonin " Portrait de la musique Jamaïcaine ", dans la droite lignée du documentaire " Buena Vista Social Club ".
A Chessy, les rencontres sont d'un troisième type. Le Café Musique du Val d'Europe a organisé des discussions avec des professionnels de l'image et de la musique. Ainsi, pour s'aventurer doucement dans les méandres de la construction d'une musique de jeux vidéos, ou dans ceux de la réalisation de clips, nous avons pu discutailler avec un directeur artistique de chez Ubisoft, et quelques jours plus tard, avec Dimitri Kogan, le manager de Mister Gang à propos du clip " Tout le monde est là ! ".

Alors, même si le public n'a pas toujours été au rendez-vous, les programmateurs ont exploré plusieurs pistes pour cette première édition d'Imagina' Sons. Et les spectacles étaient de qualité. Une foule d'artistes envisage leurs créations en communauté d'affinité et tente de mêler leurs musiques aux travaux d'artistes venant d'autres domaines. Il faudra peut-être approfondir la question l'année prochaine... et proposer à grand renfort d'images une programmation sur le même thème.